Cerebral — Cérébral
Stories of loving brains
Histoires de cerveaux amoureux




I
Ba my name is Marie, and uh, I'm going into my first year, first year. First year of a degree in biology at Pierre et Marie Curie and then, I've been rowing for seven years and there you go, I'm 19 years old. Yes, once, it was in the weight room, I have a friend who rows with me at my club and I don't know, during a machine, I don't know, his muscles are tense and I felt the urge to be with him. At the time, not at all, but we see each other very often outside so, yes, but not directly. (...) Well, I can't know that yet. I think that life goes on and we don't really ask ourselves these questions, well, we live day by day and I know we don't ask ourselves the questions, like if he wasn't there or if I wasn't there.

Ba je m’appelle Marie, et heu, je rentre en première année , en première. Première année de licence en biologie à Pierre et Marie Curie et puis, ça fait sept ans que je rame et voilà, j’ai 19 ans.
Oui, une fois, c’était en salle de musculation, j’ai un copain qui rame avec moi à mon club et je sais pas, lors d’un appareil, je sais pas, ses muscles sont tendus et j’ai ressenti l’envie d’être avec lui. Sur le moment, pas du tout, mais on se voit très souvent en dehors donc, oui, mais pas sur le fait direct. (...)
Ba ça je peux pas encore le savoir. Je pense que la vie elle continue et que, on se pose pas vraiment ces questions, enfin on vit le jour le jour et je sais on se pose pas les questions, savoir si il était pas là ou si j’étais pas là.


II
So, my name is Béatrice, I'm 21 years old and I'm a student. Yeah, all the time, all the time, I'm guided by my hormones. Um, yeah, it's a bit, it's all the time, everywhere. Like there's always something that can make you want something. Like when you're in a bakery, like, there's always something; there's always something that will make you want something, whether it's physical, or a small detail, it's always like that, yeah, it's often that I've had an irrepressible desire for someone. (...) The other's lack of attachment makes me become attached.

Alors, je m’appelle Béatrice, j’ai 21 ans et je suis étudiante.
Ouais tout le temps, tout le temps, je suis guidée par mes hormones. Heu ouais, c’est un peu, c’est tout le temps, partout. Genre il y a toujours quelque chose qui peut te donner envie. Genre C’est comme quand t’es dans une boulangerie quoi genre il y a toujours un truc pour ; il y a toujours un truc qui va te donner envie que ce soit physique, ou un petit détail, c’est toujours comme ça, ouais, c’est souvent que j’ai eu une envie irrépressible de quelqu’un. (...)
Le non attachement de l’autre, me fait m’attacher.


III
Hello, my name is Pierre, I'm 23 years old, and right now, I'm a patronage officer at the Musée des Arts Décoratifs, but that's for another week. And right now, I'm finishing my master's degree at business school with a dissertation that I have to finish in the next three weeks. Um, no, I'm someone who's always dissatisfied, so my tastes change every day and my desires change all the time, so no, my irrepressible desires are quite fleeting. (...) My brain is a mess. You can't imagine the headache I have right now. Um. Wait. It hurts too much. It's through the pleasure of others that I actually feel the most pleasure. Sexually speaking. It's true that a guy's pleasure has its own mechanisms, whereas pleasure, at least a girl's pleasure, for me, is more abstract. There are more parameters to manage, I want to say. I don't know, what I just said is so stupid, it's lame, it's logical. That's how it should happen anyway.

Bonjour, je m’appelle Pierre, j’ai 23 ans et pour l’instant, je suis chargé de mécénat au Musée des arts décoratifs, mais ça, c’est encore pour une semaine. Et là, je clôture mon master en école de commerce avec un mémoire que je dois finir dans les trois semaines qui arrivent.
Heu, non, je suis quelqu’un de toujours insatisfait, donc mes goûts changent tous les jours et mes envies changent tout le temps, donc du coup, non, mes envies irrépressibles sont assez éphémères. (...)
J’ai le cerveau en vrac. T’imagine pas le mal de tête que j’ai là. Heu. Attend. J’ai trop mal. C’est par le plaisir de l’autre que je ressens le plus de plaisir en fait. Sexuellement parlant. C’est vrai que le plaisir d’un mec, il a ses mécaniques, alors que le plaisir, en tout cas, le plaisir d’une fille, pour moi, c’est plus abstrait. Il y a plus de paramètres à gérer j’ai envie de dire. Je sais pas, c’est tout con ce que je viens de dire, c’est nul, c’est logique. C’est comme ça que ça devrait se passer de toute façon.


IV
I have a new first name, by the way, I have a new identity, my name is Lou now. There, we can work like that. So, my name is Lou, I'm twenty-five, I'll be twenty-six in a month and a half, and I live in Paris, in the eleventh arrondissement. Phew, a lot of things, and not much at the same time. I've done publishing, film, musicals, I worked in a photo gallery, and right now, I don't know yet. (...) That it doesn't really exist anymore, but it hurts even though it's not there. I couldn't see anything anymore, I couldn't hear anything anymore, and I had no voice. And this very condensed state lasted for several months, more diluted because I could continue to live a relatively normal life, I could continue to interact with people within certain limits. I could eat, I could sleep, but I was a tree that had been struck by lightning: there's the tree, but inside, it's empty. And I thought I was going to die. 

J’ai un nouveau prénom d’ailleurs, j’ai une nouvelle identité, je m’appelle Lou maintenant. Voilà, on peut fonctionner comme ça.
Alors, je m’appelle Lou, j’ai vingt cinq ans, j’en aurai vingt six dans un mois et demi, et j’habite à Paris, dans le onzième. Pff, beaucoup de choses, et pas grand chose en même temps. J’ai fait de l’édition, du cinéma, de la comédie musicale, j’ai bossé dans une galerie de photo et en ce moment, je sais pas encore. (...) Qu’elle existe plus trop mais qu’elle fait mal alors qu’elle est pas là.
Je voyais plus rien, j’entendais plus rien et j’avais plus de voix. Et cet état très condensé là, a perduré pendant plusieurs mois, plus dilué parce que je pouvais continuer à vivre une vie relativement normal, je pouvais continuer à interagir avec des gens dans une certaine limite. Je pouvais manger, je pouvais dormir mais j’étais un arbre qui a été frappé par la foudre : il y a l’arbre, mais dedans, c’est vide. Et j’ai cru que j’allais mourir.


V
So my name is Stelvina, I'm 25 years old, and I'm a French language assistant in the UK. Yes, several times. Um, so, there are several times but I would say, you know when you have a friend of yours, or you know, when you have a friend of yours who decides to settle down with someone and who introduces you to a bar and everything and you organize a meeting actually with several friends and you see him for the first time, it's like you have, I don't know, the Royal Canin commercial that arrives in front of you, like something super attractive and you have a little song that goes "palapapa" that arrives in front of you, and you just want to pin him against a wall and do what you need to do actually. So it can be, um, that's my irrepressible urge. Afterwards, it can be, you know, when you take the bus, it can be someone who attracts you, in terms of their eyes, in terms of their style, or their voice, when someone speaks on the phone, you have several, you have several cases. That's what's interesting actually. I like it. (...) Attachment isn't really that you feel locked in, it's just feeling things other than, well, friendship and all that, that's another thing actually, it's feeling new things, because okay, you fall, I don't know if it's in love, but anyway, you have romantic feelings for a certain person, and each time, I have the impression that it's different, it's other things and everything and it's this whole process of I like someone, but I'm afraid that it's not reciprocal, and maybe I'll love them more than they love me, or things like that that scare me a little bit actually.

Donc je m’appelle Stelvina, j’ai 25 ans et je suis assistante de français au Royaume-Uni.
Oui, plusieurs fois. Hum, alors, il y a plusieurs fois mais je dirai, tu sais quand t’as une amie à toi, ou vous savez, quand t’as une amie à toi qui décide de te caser avec quelqu’un et qui t’introduit dans un bar et tout et vous organisez un rendez-vous en fait avec plusieurs amis et que tu le vois pour la première fois, c’est comme si que t’avais, je sais pas, la pub Royal Canin qui débarquait devant toi, genre quelque chose de super attirant et t’as une petite chanson qui fait « palapapa » qu’arrive devant toi, et t’as juste envie de le plaquer contre un mur et de faire ce que t’as besoin de faire en fait.
Donc ça peut être, heu, c’est ça mon envie irrépressible. Après, ça peut être, tu sais, quand tu prends le bus, ça peut être quelqu’un qui t’attire, au niveau des yeux, au niveau du style, ou alors la voix, quand quelqu’un parle au téléphone, t’as plusieurs, t’as plusieurs cas. C’est ça qui est intéressant en fait. J’aime bien. (...)
L’attachement, c’est pas vraiment que tu te sens enfermée, c’est juste de ressentir des trucs autres que bon ba l’amitié tout ça, c’est un autre truc en fait, c’est ressentir des choses nouvelles, parce que ok, tu tombes, je sais pas si c’est amoureux, mais bref, t’as des sentiments amoureux pour une certaine personne, et à chaque fois, moi j’ai l’impression que c’est différent, c’est d’autres trucs et tout et c’est tout ce processus de j’aime bien quelqu’un, mais j’ai peur que ce soit pas réciproque, et peut être que je vais l’aimer plus que lui ne m’aime, ou des trucs comme ça qui m’effraient un petit peu en fait.


VI
So, I'm Alexis, I'm 27 years old, and I'm a freelance graphic designer. Yeah, yeah, completely, yeah. So, so yes, no, not completely irrepressible, because I repressed it, but it was hard, it wasn't easy. Um, yeah, so yes, it happened to me and it wasn't irrepressible, because I held back, but uh, uh, I don't really know how to verbalize it. Hmm. It wasn't a physical desire, it was a sexual desire, it wasn't necessarily a desire to make love, but a desire to be the person, to become the person, to be in it. And there you go. But it didn't happen. Because it wasn't possible in the context. And uh, there you go. It wasn't particularly more frustrating than that, I think, because I had accepted the fact that it wasn't possible, but there you go, it just passed. It was a girl who was already with someone, which complicates things a bit. (...) I do things to avoid thinking about sadness, like making fun of big breeds, drinking. And so, yes, there is physical pain caused by these behaviors. But I don't think it's really sadness itself that creates it. So, yeah, sadness is more of a psychological pain. A bit like when you stop smoking, you feel like there's a beast living in your stomach that's hungry all the time. And there you go.

Donc, je suis Alexis, j’ai 27 ans, et je suis graphiste free-lance.
Ouais, ouais complètement, ouais. Du coup, alors si, non pas complètement irrépressible du coup, parce que je l’ai réprimée, mais c’était dur, c’était pas évident. Heu, ouais, donc oui, ça m’est arrivé et c’était pas irrépressible, parce que je me suis retenu mais heu, heu, je sais pas trop comment verbaliser ça du coup. Hum. C’était pas une envie physique, c’était une envie sexuelle, c’était pas nécessairement envie de faire l’amour, mais envie d’être la personne, de devenir la personne, d’être dedans. Et voila. Mais ça s’est pas fait. Parce que c’était pas possible dans le contexte. Et heu, voilà. C’était pas spécialement plus frustrant que ça je pense parce que j’avais accepté le fait que ce soit pas possible mais voilà, c’est juste passé. C’était une fille qui était déjà avec quelqu’un, ça complique un peu. (...)
Je fais des trucs pour pas penser à la tristesse, du style me foutre des grosses races, picoler. Et du coup, là effectivement, il y a des douleurs physiques qui sont engendrées par ces comportements.
Mais je crois pas que ce soit vraiment la tristesse en soit qui crée ça. Donc, ouais,  la tristesse, c’est plus une douleur psychique quoi. Un peu comme quand t’arrête de cloper, t’as un peu l’impression que t’as une bête qui vit dans le bide et qu’a faim tout le temps quoi. Et voilà.


VII
So, my name is Guilhain, I'm 28 years old. I'm a cartographer. I make maps. I don't know, it takes a bit of a toll on your guts and often, well, I have to say that alcohol helps a lot, uh, but then, well I don't know, you have a kind of impulse inside you that says "I want this person now". (...) Afterwards, you can say all the stupid clichés that you've heard throughout your life, well there are lots of really clichéd things. Well the truth is, it's just that you want something and this desire, for me, well it can't be explained. I want to see this person, that's all. And I'm not trying to psychologize it a bit. Anyway, I know it makes me feel good, and that's it. (Explaining the things you feel sometimes, well, I have that impression, it's already very difficult to put words to sensations).

Donc, je m’appelle Guilhain, j’ai 28 ans. Je suis cartographe. je fais des cartes. Je sais pas, ça prend un peu aux tripes du coup et souvent, enfin, faut dire que l’alcool aide énormément, heu, mais du coup, enfin je sais pas, t’as comme une sorte d’élan en toi qui te dit «  cette personne là, je la veux maintenant  ». (...)
Après, on peut dire tous les poncifs débiles qu’on a entendu tout au cours de son existence, enfin il y a plein de trucs hyper clichés. Enfin la vérité, c’est juste qu’on a envie quoi et cette envie là, pour moi, enfin elle s’explique pas. J’ai envie de voir cette personne, un point c’est tout. Et j’essaie pas de psychologiser un peu ça. En tout cas, je sais que ça me fait du bien et voila c’est tout.
(Expliquer les choses que tu ressens parfois, enfin j’ai cette impression là, déjà c’est très difficile de mettre des mots sur des sensations).


VIII
My name is Etienne, I'm 33 years old, and what I do for a living is going to be more complicated. I'm an expert on insects. Butterflies, dragonflies, grasshoppers, you name it. An irrepressible desire for someone. Sexual? Um, yes, yes, yes. It's happened to me several times. Sometimes with girls I didn't know, sometimes with girls I was in a relationship with, and I had the midlife crisis, basically. (...) There isn't one of my exes who is like the other. Even physically, intellectually, emotionally, I fall in love with completely different girls. I think the only important thing is a kind of stimulation, a stimulation in the relationship. Coming across someone who interests me all the time.

Mon prénom c’est Etienne, mon âge c’est 33 et ce que je fais dans la vie, ça va être plus compliqué, je suis expert en insectes. En papillons, en libellules, sauterelles, tout ce qu’on veut.
Une envie irrépressible de quelqu’un. Sexuelle ? Heu oui, oui oui. Ça m’est arrivé plusieurs fois. Certaines fois des filles que je connaissais pas, certaines fois des filles avec qui j’étais en couple et j’avais le démon du midi quoi, grosso modo. (...)
Il y a pas une de mes exs qui ressemble à l’autre. Même physiquement, intellectuellement, sentimentalement, je tombe amoureux de filles complètement différentes. Je pense que le seul point qui soit  important, c’est une espèce de stimulation, de stimulation dans le couple. Tomber sur quelqu’un qui m’intéresse tout le temps.


IX
So, my name is Anne, I'm 34 years old, and I create sets for photography, mainly fashion photography. Yes. Well, it's quite simple, and quite immediate. Generally, yes, very instantaneous. Well, it wasn't very long ago, so it's recent. Well, you just feel, I don't know, well-being, excitement, you feel good too. And generally, it galvanizes you a little, it makes you more confident. Well, it does for me, anyway. And... and there you go. (...) What it causes physically, that's it, actually, it's a kind of distress. It's already physically, you lose your bearings, I know I lose five kilos easily when that happens to me. Yeah, and then, the second time, it's really a physical sensation in addition, a sensation of physical suffering. Anxiety, shortness of breath and it's really very strange. We feel as if we were physically affected by an illness, the flu or... And I was talking about it with a friend, he said yes yes it's true, I really needed to talk about it because, for him to validate that when you have this distress, obviously, you have physical symptoms. And it's not fair, and it's not fair, it's really that physically, you feel weak. Physical distress, you know.

Donc, je m’appelle Anne, j’ai 34 ans, et je fabrique des décors pour la photo, principalement la photographie de mode.
Oui. Ba c’est assez simple, et assez immédiat. Généralement c’est oui, très instantané. Ba c’était il y a pas très longtemps du coup, c’est récent. Ba, on ressent juste, je sais pas, bien être, excitation, on se sent bien aussi. Et généralement ça vous galvanise un peu, ça vous rend plus sur de vous. Enfin moi, c’est le cas, en tout cas. Et...et voilà. (...)
Ce que ça provoque physiquement, c’est ça en fait, c’est une sorte de détresse en fait. C’est physiquement déjà, on perd ses repères, moi je sais que je perd cinq kilos facilement quand ça m’arrive. Ouais, et puis, la deuxième fois, c’est vraiment une sensation physique en plus, de sensation de souffrance physique. Des angoisses, des souffles courts et c’est vraiment très étrange. On ressent comme si on était atteint physiquement d’un mal, d’une grippe ou
Et j’en parlais avec un ami, il me disait oui oui c’est vrai, j’avais vraiment besoin d’en parler parce que, pour que lui pour que lui valide que quand vous avez cette détresse là, évidemment, vous avez des symptômes physiques quoi.
Et c’est pas juste, et c’est pas juste, c’est vraiment que physiquement, vous vous sentez faible. De la détresse physique quoi.


X
So my name is Jean-Christophe, I'm 37 years old and I'm an exhibition curator. Obviously, it's already happened to me on many occasions I would say. Um, yes. Um, so which one could I choose? Um, the problem is that it's sometimes fleeting, and so we tend to forget. So, I have to concentrate a little to bring back the memories. Um, so yes, the one I'm thinking of is a meeting that was first mediated, that was on the Internet at the end of the 90s, 98, 99, something like that, with a young man who was, at the time, living in Estonia, who is Estonian, who has now moved to London, then to San Francisco. (...) It was impossible. I ended up going around in circles, giving myself excuses and then finding myself downstairs at his place. I forgot that I wasn't supposed to end up downstairs at his place. After a while I would just leave because I knew I wasn't going to see him. That's it. That he had already gone home and all that and at the same time, that feeling didn't necessarily make me leave right away. Even if I knew he was there, and he was there with his boyfriend, I didn't necessarily leave right away. I stayed, I stayed, I stayed. And then; it could be because I had no more cigarettes, it could be things like that. It could also be because, well, I don't know, I really don't have many memories of that anymore. I tried to erase it a little, but it could be that, after a while, you say to yourself, you manage to gain a little distance, even if the next day, the distance is called into question, but the same day, after four hours, or despite this call of the abyss, you still manage to cling to the edge and then you say to yourself, "What the hell am I doing here?" And then I went home.

Donc je m’appelle Jean-Christophe, j’ai 37 ans et je suis commissaire d’exposition.
Évidemment, ça m’est déjà arrivé à de nombreuses occasion je dirai. Heu, oui. Heu, alors, laquelle je pourrai choisir. Heu, le problème, c’est que c’est parfois furtif, et du coup, on a tendance à oublier. Du coup, il faut que je me concentre un peu pour faire remonter les souvenirs. Hum, alors oui, celle à laquelle je pense, c’est une rencontre qui a d’abord été médiée, qui était sur Internet à la fin des années 90, 98, 99, quelque chose comme ça, avec un jeune homme qui était, à l’époque qui habitait en Estonie, qui est estonien, qui maintenant a déménagé à Londres, puis à San Francisco. (...)
C’était impossible. Je finissais par tourner en rond, par me donner des prétextes et puis par me retrouver en bas de chez lui. J’oubliais que je ne devais pas me retrouver en bas de chez lui. Au bout d’un moment je partais simplement parce que je savais que j’allais pas le voir.  Voilà. Qu’il était déjà rentré chez lui et tout ça et en même temps, ce sentiment là ne me faisait pas forcément partir tout de suite. Même si je savais qu’il était là, et qu’il était là avec son mec, je partais pas forcément tout de suite. Je restais, je restais, je restais. Et puis ; ça pouvait être parce que j’avais plus de clopes, ça pouvait être des choses comme ça. Ça pouvait être aussi parce que, enfin là, je sais pas, j’ai vraiment plus trop de souvenirs de ça, j’ai essayé de gommer un peu ça, mais ça pouvait, au bout d’un moment, on se dit, on arrive à prendre un peu de distance, même si le lendemain, la distance est remise en cause mais le jour même, au bout de quatre heures, ou malgré cet appel du gouffre on arrive quand même à se raccrocher au bord et puis on se dit « mais qu’est-ce que je fou là? », et puis je rentrais chez moi.


XI
My name is Lorraine, I'm 42 years old, and I'm a proofreader and opera singer. No, I don't think so. Well, not at first glance, though. Afterward, yes, but not at first glance. That is to say, at first glance, I might find someone very sexy, very desirable, but I wouldn't want to jump on them; I need a little more. On the other hand, if I know, if there's a story, if there's something happening, then I can really want it, yes, a very sexual desire, very, very physical, an irrepressible attraction, indeed. (...) What does that create? Where I feel attached to the other, it's this need to have news from him, a little compulsive, regularly, during the day, even if we don't see each other, this kind of follow-up together and if I don't have that, I'm not well. Knowing what he's doing, hour by hour, but during the day. And I need it. That is to say, if I don't have that, I don't have my dose, I don't have it, so I'm not well. So there's that in any case. There's also, if we don't see each other enough, when there are periods when we don't see each other for one reason or another, physically, I feel it, that is to say, it's really, as if, as if I haven't had my dose of drugs. I need to see us, I need to feel him, to share a moment with him. Otherwise, I waste away, I really don't feel well. Anxiety comes back. I really feel like I haven't had my dose of my boyfriend.

Je m’appelle Lorraine, j’ai 42 ans et je suis correctrice et chanteuse lyrique.
Non je crois pas. Enfin pas au premier coup d’oeil, en revanche, après, si, mais pas au premier coup d’oeil. C’est à dire qu’un premier coup d’oeil, je peux avoir trouver quelqu’un de très sexy, très désirable mais j’aurai pas envie de lui sauter dessus, il m’en faut un peu plus. En revanche, si je connais, si y’a une histoire, si y’a quelque chose qui se passe, là je peux vraiment avoir envie, oui, un désir très sexuel, très, très physique, une attirance irrépressible, en effet. (...)
Qu’est-ce que crée ? Là ou je me sens attachée à l’autre, c’est ce besoin d’avoir de ses nouvelles, un peu compulsif, régulièrement, dans la journée, même si on se voit pas, cet espèce de suivi ensemble et si je suis pas ça, je suis pas bien. Savoir ce qu’il fait, par heure par heure, mais dans la journée. Et j’en ai besoin. c’est à dire que si j’ai pas ça, j’ai pas ma dose, j’ai pas, donc je suis pas bien. Donc y’a en tout cas ça. Y’a aussi, si on se voit pas assez, quand y’a des périodes ou on se voit pas pour une raison ou une raison ou une autre, physiquement, je le sens, c’est à dire, c’est vraiment, comme si, comme si j’avais pas ma dose de drogue. J’ai besoin qu’on se voit, j’ai besoin de le sentir, de partager un moment avec lui. Sinon, je dépéri, je me sens vraiment pas bien. Y’a des angoisses qui remontent. J’ai vraiment l’impression de pas avoir ma dose de mon mec.


XII
So, my name is Xavier, I'll be 60 at the end of the year and my occupations are a bit multifaceted, because after a career as an engineer, I've moved more into consulting at the moment and I'm also trying to take care of myself and my family more, and so we travel a lot. And I'm writing a book at the moment, I'm finishing a novel, my first novel, so those are my main occupations. (...)And it happens, inevitably it happens and it will happen again. And it's difficult and that's where I don't know, there's a territory. I don't know, I always tell myself, this kind of territory very deeply anchored, very far, very very far, very deep which tells me: it must pass and it will pass, it's so wonderful. In fact, I tell myself, this territory there, it's a little ridiculous, I think I'm a romantic actually. I tell myself, this diamond, it's been polished for so many years that, you can't make it more beautiful, there's no point trying to start again. It's so beautiful. And even if there's an inclusion in it, it only makes it more beautiful, it only makes it more original. There is no diamond without a flaw, it's sometimes this little flaw, it's sometimes this little argument, this disagreement, it's contributory, it's a work, it's. That's it.

Alors, je m’appelle Xavier, je vais avoir 60 ans à la fin de l’année et mes occupations sont un peu multiples, parce qu’après une carrière d’ingénieur, je me suis plutôt orienté vers le conseil actuellement et j’essaie aussi de m’occuper plus de moi même et de ma famille, et donc on voyage beaucoup. Et j’écris un livre en ce moment, je suis en train d’achever un roman, mon premier roman, donc voilà mes principales occupations. (...)
Et ça arrive, forcément ça arrive et ça arrivera encore. Et c’est difficile et c’est là ou je sais pas, y’a un territoire. Je sais pas, moi, je me dis toujours, cet espèce de territoire très ancré profondément, très loin, très très loin, très profond qui me dit : ça doit passer et ça va passer, c’est tellement merveilleux. En fait, je me dis, ce territoire là, c’est un peu ridicule, moi je suis un romantique je crois en fait. Je me dis, ce diamant, il est poli depuis tellement d’années que, on peut pas faire plus beau, c’est pas la peine d’essayer de recommencer. C’est tellement beau. Et même si y’a une inclusion dedans, ça ne le rend que plus beau, ça ne le rend que plus original. Il n’y a pas de diamant sans défaut, c’est parfois ce petit défaut, c’est parfois cette petite dispute, ce désaccord, c’est contributif, c’est une œuvre, c’est. C’est ça.


XIII
Fabienne, 60 years old and I am, I work in communications, in cinema, in culture. And then I do photography, and drawing. Yes, of course. Um, the context, um, I don't know, let's say, for example, you go have a drink at a bar, yeah that's how it was, the people, the men I saw in bars, there was no particular context, there you go, it was a physique, an attitude and like that, just the desire, violent, a violent desire. But there's no, it's not a particular context, it's um, I'm not into women, I'm into men, yeah, but it's a look, it's a way of moving, it's a way of watching the world move. A charm that, an emotion. An emotion that arouses a great desire. A desire that escapes me. It always escaped me a little when I experienced that. And then I had all the nerve even though I'm an extremely shy person. Well, all the nerve, that is to say, not knowing the person, not knowing anyone in the environment of this person in a bar for example, I was able to leave a note in the hands of the bar owner because I asked questions to find out if he was a regular, if he was, yes, I left a note. I sent a postcard. I'm very postcard with little poetic texts behind. And I sent my little poem. And I stated my desire. And most of the time, how do you say people, we get turned down? I didn't get any answers, or negative answers, but it didn't matter. What interested me was the emotion the person had triggered in me, uh, the very, very violent emotions it triggered in me around this notion of desire. Ultimately, it didn't matter whether the person responded favorably or not. It wasn't very important. (...) Indeed, it's not essential to be in a romantic relationship with an individual to be well in the world and to be happy, and to be whole, unified, and everything you want, together. I am. 

Fabienne, 60 ans et je suis, je travaille dans la com, dans le cinéma, en culture. Et puis je fais de la photo, et du dessin.
Oui, bien sur. Heu, le contexte heu, je sais pas, on va dire, par exemple, tu vas prendre un verre à un bar, ouais c’était comme ça, les gens, les hommes que je voyais dans des bars, y’avait pas de contexte particulier, voilà, c’était un physique, une attitude et comme ça, juste l’envie, violente, un désir violent. Mais y’a pas de, c’est pas un contexte particulier, c’est heu, moi je suis pas branchée par les femmes, je suis branchée par les hommes, ouais, mais c’est un regard, c’est une façon de bouger, c’est une façon de regarder le monde bouger. Un charme qui, une émotion. Une émotion qui suscite un grand désir. Un désir qui m’échappe. Ça m’a toujours échapper un peu quand j’ai vécu ça. Et après j’ai eu tous les culots alors que je suis quelqu’un d’extrêmement timide. Ba tous les culots, c’est à dire que, ne connaissant pas la personne, ne connaissant personne dans l’environnement de cette personne dans un bar par exemple, j’étais capable laisser un mot entre les mains du patron du bar parce que je posais des questions pour savoir si c’était un habitué, si c’était, oui, je laissais un mot. J’envoyais une carte postale. Je suis très carte postale avec des petites textes poétiques derrière. Et j’envoyais mon petit poème. Et j’énonçais mon désir. Et la plupart du temps, comment vous dites les gens, on se prend des râteaux ? J’avais pas de réponses, ou des réponses négatives, mais c’était pas grave, ce qui m’intéressais, c’était l’émotion que la personne avait déclenchée chez moi, heu, les émotions très très violentes que ça déclenchais chez moi autour de cette notion de désir, après finalement, c’était pas important que la personne réponde favorablement ou pas. C’était pas très important. (...)
Effectivement, il n’est pas indispensable d’être en relation amoureuse avec un individu pour être bien au monde et bien dans le monde et pour être heureux, et pour être entier, unifié et tout ce que tu veux, rassemblé. Je le suis.


XIV
My name is Ronald, I just turned 70, I'm a painter-drawer, and I was a part-time high school art teacher for 35 years. Yes, yes, absolutely yes. When I met someone who was really in love with me, and at first, I didn't want to, but little by little, I let myself go, and after that, it was a bit crazy. (...) There are thousands of reasons, it's because he's a good man, who's cultured, who speaks several languages. He's handsome. And then he has a great affection for me and I have a great affection for him. There's a great, true affection. For years, we've been like the same person. The same thought at the same time without saying anything. I'm certain of it. Convinced? Because he lets me know. He's very cuddly. Cuddles aren't necessarily about sex. He's very cuddly, very affectionate. And then he's there for me. When I had problems with illness, he was there for me. Like a nurse.

Je m’appelle Ronald, je viens d’avoir 70 ans, je suis artiste-peintre-dessinateur et j’étais professeur à l’école américaine pendant 35 ans à temps partiel pour les lycéens en arts plastiques.
Oui, oui, tout à fait oui. Quand j’ai rencontré quelqu’un qui était tés épris de moi, et au départ, je ne voulais pas et petit à petit, je me suis laissé et après, c’était un peu la folie. (...)
Il y a pour des milliers de raisons, c’est parce que c’est un homme qui est bien, qui est cultivé, qui parle plusieurs langues. Il est beau. Et puis il a une grande tendresse pour moi et j’ai une grande tendresse pour lui. Il y a une grande, vraie affection. Depuis des années, on est comme la même personne. La même pensée en même temps sans rien dire. J’en suis certain. Convaincu? Parce qu’il me le fait savoir. Il est très câlin. C’est pas forcément le sexe les câlins. Il est très câlin, très affectueux. Et puis il est là pour là moi. Quand j’ai eu des problèmes de maladie, il était archi là pour moi. Comme une infirmière.


XV
I'm Simone. Simone, I even have a middle name, Marie-Laurence, and I call myself Laure. It's not gold and silver, it's Laure, period. I'm 85, I'm going on 86. And what I've done in my life, I've done everything. I've done a lot of things. I started by drawing. I was a model. I was a saleswoman, obviously, in ready-to-wear, classy ready-to-wear, in general. And then I was a saleswoman in a pharmacy too. And then, well, what did I do? I ended up as a hair salon manager, Jacques Dessange. And then I've known lots of people, lots of people, some handsome, some not handsome, some nice, some not nice. (...) It's hollow. Did I prefer passion? At the time, I preferred it, but given that it can't last, it doesn't last, it's not possible. It's something. It's a bit like in novels, that's all, it comes down to that. If only we knew when we experienced those moments. At that time, I hated the moment when I experienced it. Deep down, I hated that moment. Because if I had known what it was for, what it led to. If I had known, maybe I wouldn't have done it. But I didn't know. Since we don't know, then...

Je suis Simone. Simone, j’ai même une deuxième prénom, Marie-Laurence, et je me fais appelée Laure. C’est pas l’or et l’argent, c’est Laure tout court. J’ai 85 ans, vers 86 que je vais. Et ce que j’ai fais dans ma vie,  j’ai tout fait. j’ai fait beaucoup de choses. J’ai commencé par faire du dessin. j’ai été mannequin. J’ai été vendeuse, évidement, dans le prêt à porter, prêt à porter classe, en général. Et puis j’ai fait vendeuse en pharmacie aussi. Et puis, et puis ba, qu’est-ce que j’ai fait. J’ai terminé comme directrice de salon de coiffure, Jacques Dessange. Et puis j’ai connu plein de gens, plein de monde, des beaux, des pas beaux, des gentils, des pas gentils. (...)
C’est creux. Est-ce que j’ai préféré la passion ? Sur le moment, je l’ai préférée, mais étant donner que ça peut pas durer, ça dure pas quoi, c’est pas possible. C’est quelque chose de. c’est un peu comme dans les romans quoi, c’est tout, ça revient à ça. Si on savait d’ailleurs quand on les vit ces moments là. À cette époque là, je détestais le moment ou je l’avais connu. Au fond de moi, je le détestais ce moment là. Parce que si j’avais su à quoi ça servait,à quoi ça menait. Si j’avais su, peut être que je l’aurai pas fait. Mais je savais pas. Comme on sait pas, alors…